Histoire
Fondation rue de Richelieu (1716)
Louis Fauré fonde sa maison d'arquebuserie à Paris en 1716, rue de Richelieu — l'artère commerçante et artistique du cœur de Paris, proche du Palais-Royal et des grandes institutions royales. L'emplacement n'est pas anodin : être à portée des cours royales et de l'aristocratie, c'est avoir accès aux clients les plus fortunés.
La maison prospère sous l'Ancien Régime, fournissant les gentilshommes de la cour en pistolets de chasse, fusils de salon et armes de prestige.
L'association Le Page
La maison évolue et s'associe pour donner naissance à "Fauré-Le Page" — le nom sous lequel elle devient célèbre. Jean Le Page (et sa famille) apporte un savoir-faire exceptionnel dans la fabrication de pistolets de précision et de pistolets de duel.
Jean Le Page (1779–1822) est considéré comme l'un des plus grands arquebusiers français de son époque — ses pistolets sont réputés pour leur précision et leur finition.
Arquebusier de Napoléon
Le titre le plus prestigieux : Fauré-Le Page est arquebusier officiel de Napoléon Bonaparte. La maison fournit à l'Empereur des pistolets de présentation, des armes de campagne de luxe, des coffrets cadeaux diplomatiques.
L'arme offerte par Napoléon à un souverain allié ou à un général victorieux est souvent un pistolet Fauré-Le Page — incrustée d'or, avec initiales impériales et symboles du Premier Empire.
La clientèle royale et aristocratique
Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, Fauré-Le Page continue de fournir :
- Louis XVIII, Charles X — les rois Bourbons restaurés
- La haute aristocratie française et européenne
- Les voyageurs fortunés équipant leurs expéditions et safaris
Le duel — clientèle spécialisée
La maison est particulièrement renommée pour ses pistolets de duel. Au XIXe siècle, le duel est encore une pratique courante dans les milieux aristocratiques et bourgeois — et choisir un bon pistoletier pour ses pistolets de duel est une question d'honneur et... de survie.
Les pistolets de duel Fauré-Le Page sont des paires appareillées — deux pistolets identiques en tous points (poids, longueur de canon, poids de détente) pour garantir l'égalité entre les duellistes. Ils sont présentés dans un coffret en bois garni de velours avec les accessoires de chargement.
Les armes emblématiques
Pistolets de duel en coffret
La pièce maîtresse de la production Fauré-Le Page. Une paire de pistolets :
- Canon octogonal poli
- Crosse en noyer figuré ou palissandre
- Platine à silex (époque Napoléon) ou à percussion (après 1820)
- Incrustations d'argent sur les pièces métalliques
- Présentés dans leur coffret d'origine avec baguette, moule à balles, poire à poudre, capsules
Valeur actuelle aux enchères : 3 000 – 30 000€+ selon l'état, la provenance et la documentation historique.
Pistolets de présentation impériaux
Des pièces uniques ou en série très limitée, destinées aux cadeaux diplomatiques. Incrustées d'or, d'ivoire, gravées avec des scènes militaires ou allégoriques. Ces pièces sont aujourd'hui dans les musées et les grandes collections privées.
Carabines de salon
Des carabines légères pour le tir de précision en intérieur — le "tir de salon" est un loisir aristocratique populaire avant l'ère des clubs de tir. Calibre très petit, précision maximale, finition ébénisterie.
Fauré-Le Page aujourd'hui
La maison Fauré-Le Page a cessé toute activité armurière au cours du XIXe siècle. La marque a été rachetée et relancée au XXIe siècle — mais comme maison de maroquinerie de luxe (sacs, accessoires de cuir), sans aucun lien avec la fabrication d'armes.
C'est une curiosité de l'histoire des marques : le nom d'un grand arquebusier du XVIIIe siècle survit aujourd'hui sur des sacs à main.
Collection et musées
Les armes Fauré-Le Page originales se trouvent dans :
Musée de l'Armée (Paris) : plusieurs pièces, notamment des pistolets impériaux.
Musée de la Chasse et de la Nature (Paris) : pièces en contexte cynégétique.
Ventes aux enchères spécialisées : Sotheby's, Christie's, Osenat (Fontainebleau) — les pistolets de duel et les pistolets napoléoniens apparaissent régulièrement.
Statut légal en France
Les armes Fauré-Le Page sont généralement antérieures à 1900 :
Catégorie D — armes à poudre noire antérieures à 1900, libres d'acquisition et de détention (sans déclaration). Les armes à silex et à percussion du XIXe siècle entrent dans cette catégorie.
Sources : Musée de l'Armée, Bibliothèque nationale de France, Musée de la Chasse et de la Nature